Nicolas Vanier : “J’ai décidé de m’engager, de rendre à la nature ce qu’elle m’a donné” | www.doggybuzz.fr

Nicolas Vanier : “J’ai décidé de m’engager, de rendre à la nature ce qu’elle m’a donné”

Pendant des années, Nicolas Vanier a parcouru les grandes étendues glacées avec ses chiens de traîneaux. C’est le Grand Nord qui l’a fait homme et lui a permis de réaliser ses plus beaux rêves. Pour Loup, son dernier film adapté de son roman, il a tourné par des températures extrêmes en Sibérie orientale, au coeur de la toundra. Cette histoire d’amour impossible entre un jeune chef de clan évène, un peuple nomade éleveur de rennes et une meute de loups sera à l’affiche le 9 décembre. Aujourd’hui, Nicolas Vanier rêve utile. Enraciné en Sologne, dans la ferme de ses grands-parents où il a grandi, il part en croisade pour la sauvegarde de la planète Terre. L’écologie est le nouveau moteur de sa vie. “Je veux juste rappeler que nous n’héritons pas de cette planète, nous l’empruntons à nos enfants. Dans 20 ans, ce sera peut-être trop tard.”

Nicolas Vanier a collaboré à la série Entre chiens et Nous, sur l’éducation et le comportement de nos petits compagnons. Ses conseils de mushers sont toujours avisés. A l’occasion de la diffusion de ce programme vidéo sur notre site, il nous parle de ses chiens, des loups et de ses prochains projets. Découvrez ce qui passionne encore et toujours l’explorateur écolo.

Doggybuzz : A quel âge avez-vous eu un chien?

Nicolas Vanier : Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été entouré de chiens. Dans la ferme de mon grand-père en Sologne, ils étaient nombreux. Mon premier chien de traîneau, en revanche, c’est un trappeur qui me l’a offert, sur les bords du lac Baïkal. Otchum était un chien merveilleux. Et tous mes chiens d’attelage sont ses descendants.

Pourriez-vous vivre sans la compagnie d’un chien?

Sans mes chiens, les expéditions que j’ai faites m’auraient été impossibles. Leur compagnie est donc indispensable. Ils ont été et sont toujours mes meilleurs alliés dans le Grand nord. On me demande souvent si je ne souffre pas trop de la solitude lorsque je pars un mois ou un an an expédition. Mais comment se sentir seul quand on est accompagné d’une meute de 10 chiens avec lesquels au fil des années et des aventures, on a tissé des liens si forts?

Vous appelez vos chiens de traîneaux, les seigneurs du froid. Que vous ont-ils appris?

Les chiens sont la clef du Grand Nord. Le traîneau est le seul mode de déplacement possible dans les conditions climatiques qui règnent dans ces régions que j’affectionne particulièrement : la Sibérie, le Canada, l’Alaska… Mes chiens m’ont appris à vivre dans ces conditions extrêmes. Je leur dois chacune des joies que j’ai eues en expédition. Ils m’ont permis de traverser des régions difficiles d’accès, avec un moyen de transport traditionnel qui n’a pas le moindre impact sur l’environnement. Ils m’offrent la possibilité de voyager en totale harmonie avec la nature. J’entretiens avec eux une grande relation de confiance mutuelle.

A quoi reconnaît-on un bon chien de traîneau?

Un bon chien de traîneau est un chien qui aime tirer et qui est heureux de pratiquer cette activité. Ma meute est issue de croisements entre un chien laïka de Sibérie et une chienne groenladaise, suivis d’un autre croisement avec une chienne alaskan. Ils possèdent donc toutes les qualités nécessaires : endurance, rapidité et résistance. C’est une meute exceptionnelle.

Ce sont dites-vous les cousins des loups. Pourraient-ils revenir à l’état sauvage et vivre avec une meute de loups?

J’ai eu une jeune chienne au caractère très sauvage. Elle ne prenait pas le même plaisir à tirer que mes autres chiens d’attelage. J’étais très intrigué de la voir si rétive. Un jour, elle a quitté la meute pour aller rejoindre des loups qui rôdaient dans les parages. J’ai pensé qu’elle devait être le fruit des amours entre ma chienne et un loup et qu’elle avait retrouvé sa famille. Après quelque temps, elle est revenue.

Vous venez de finir pour le cinéma l’adaptation de votre roman Loup. Le tournage a-t-il été difficile?

Contrairement aux animaux que l’on voit généralement dans les films, les loups ne peuvent pas être apprivoisés. Nous avons utilisé une technique particulière, adaptée aux loups : l’imprégnation. Un loup imprégné est un loup que l’on a habitué à la présence humaine. Il est donc moins farouche, mais reste un animal sauvage, avec toutes les difficultés que cela implique.

Comme votre héros, avez-vous rencontré des louveteaux dans leur tanière?

J’en ai rencontré beaucoup parce que j’ai longuement et profondément voyagé à travers les vastes étendues sauvages où ils vivent : dans le Grand Nord canadien, en Alaska, en Laponie Et ces territoires, je les ai traversés avec un piège à loups : le traîneau à chiens qui les attire aussi sûrement que la lumière attire les insectes. Le loup est territorial, il garde jalousement les frontières de son territoire, n’autorisant pas une meute concurrente à les franchir. Ce que font, pourtant, les chiens que je conduis, traversant l’un après l’autre les territoires des loups. Alors ces derniers approchent, et l’homme qui conduit ces “drôles de loups” les aperçoit souvent et pour son plus grand plaisir. Si l’homme est là, les chiens ne risquent rien. Les loups ont peur de l’homme, alors ils repartent à la fois furieux et inquiets, timides et déçus. Parfois, ils suivent l’attelage, de loin le jour, d’un peu plus près à la faveur de la nuit…

Vous êtes très engagé dans la cause écologique? Quelles sont selon vous les priorités pour sauvegarder notre planète?

Depuis près de trente ans que je parcours les pays du Grand Nord, j’ai pu constater les effets dévastateurs du réchauffement climatique sur ces régions très fragiles : l’écosystème en est chamboulé et, avec lui, les animaux et les humains qui sont contraints de migrer vers de nouvelles terres. Aussi ai-je décidé de m’engager, de rendre à la nature ce qu’elle m’a donné. A travers mes livres et mes films, je cherche à éveiller le plus grand nombre à cette urgence planétaire. Je suis également le parrain de L’ecole agit!, la grande opération lancée par le Ministère de l’Educations nationale pour sensibiliser les élèves au développement durable. Il ne s’agit pas de faire des leçons de morale : je cherche avant tout à émerveiller les gens, autant que je l’ai toujours été moi-même devant la beauté des paysages du Grand Nord, pour leur donner envie de préserver cette nature sublime et menacée.

Quels gestes au quotidien conseillez-vous?

Tous les gestes qui peuvent sauvegarder la nature, préserver l’environnement, diminuer notre empreinte, nos déchets, nos pollutions sont les bienvenus. Agir au quotidien à son échelle, c’est un premier pas vers un futur meilleur. Et ce qui est primordial, c’est de toujours essayer de convaincre autour de soi de la nécessité d’agir.

Quels sont vos projets aujourd’hui?

Loup sort le 9 décembre, je suis impatient de le faire découvrir au grand public. Je prépare déjà un autre film et je suis dans les préparatifs avec Alain Brénichot, mon complice de longue date, pour l’ouverture de notre camp dans le Vercors où vivent tous mes chiens d’attelage. Nous allons proposer toute l’année des activités nature, des excursions en traîneau, des randonnées équestres, et bien d’autres activités permettant de découvrir sous un autre angle la très belle nature de cette région que l’on surnomme “La petite Sibérie”. Ce camp, nous l’avons pensé comme une vitrine de l’écologie, du développement durable, de l’économie d’énergie. Nous voulons montrer qu’il est possible d’allier confort, loisirs et respect de l’environnement.

Pour plus d’informations, vous pouvez aller sur les sites:

loup-lefilm.com (magnifiques photos à ne pas rater)

campnicolasvanier.com

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